Désormais 21 en course – Sophie Faguet et Benoît Charon ont abandonné jeudi matin après avoir déchiré leur grand-voile -, les duos partis mardi sur la Course 2 Pays de Saint-Gilles Tourisme ne savent plus à quels saints se vouer après 48 heures de course, tant la situation météo est compliquée dans le Golfe de Gascogne. Si la majorité reste groupée, quelques francs-tireurs se sont décalés. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Le point course du jour : Du grand n’importe quoi !

Après un jour et demi de course, pendant lequel l’objectif a été de remonter le plus vite possible le long de la péninsule ibérique, l’entrée dans le Golfe de Gascogne jeudi matin a accouché du scénario météo annoncé, à savoir une situation très compliquée et aléatoire. « Si je me fie aux stations météo à terre, le gros du peloton devait avoir 16 nœuds de vent d’ouest au Cap Ortegal (au nord-est de La Corogne) jeudi après-midi ; or, ils n’avançaient plus qu’à 5 nœuds maximum, alors que ceux qui se sont décalés au nord, là où était annoncé un col dépressionnaire avec peu de vent, progressaient à 7 nœuds ou plus, rien n’est conforme à ce qui était prévu », constate le directeur de course, Guillaume Rottée.

Cette incertitude, renforcée par le fait que les concurrents ne disposent d’aucune information météo (voir Le Mag ci-dessous), a totalement redistribué les cartes, puisque ceux qui, jeudi matin, étaient partis dans une option qui paraissait hasardeuse, pourraient toucher le jackpot, à l’instar de Teamwork (Nils Palmieri/Pierre Le Roy), Mutuelle Bleue (Corentin Horeau/Julien Villion) ou Région Bretagne-CMB Océane (Chloé Le Bars/Ronan Treussart). De leur côté, Tom Dolan et Alan Roberts (Smurfit Kappa-Kingspan) se sont extraits du gros du peloton, légèrement au nord, tout comme Charlotte Yven et Pierre Daniellot (Team Vendée Formation-Bottes Fondation).

Le Golfe de Gascogne étant devenu fou, impossible aujourd’hui de tirer des conclusions sur le bienfondé, ou non, de ces décalages. Quant à l’estimation d’arrivée de la Course 2 Pays de Saint-Gilles Tourisme, elle bouge peu à peu dans le temps – désormais dans la nuit de samedi à dimanche. Mais comme le dit le dicton populaire, « c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses » !

Le Mag de La Sardinha : La peur du vide

En plus de se courir en double et d’aller à l’étranger, La Sardinha Cup a une autre particularité, à savoir que pendant les deux étapes, les coureurs, qui, déjà, ne peuvent pas charger de fichiers météo – la règle sur le circuit Figaro Beneteau – ne reçoivent ni bulletins de la part de la direction de course, ni classements ! Les seuls fichiers autorisés sont ceux téléchargés avant le départ du ponton, qui, surtout si la situation météo est incertaine, deviennent vite obsolètes. En mer, ceux qui le souhaitent ont la possibilité de recevoir par fax des cartes isobariques, très sommaires, ou, s’ils sont près des côtes, de demander à la VHF la météo locale aux sémaphores.

Cette absence d’infos météos génère de grosses incertitudes sur les positions des uns et des autres, surtout quand les duos ne voient plus leurs concurrents à l’AIS (radar du bord) qui porte en général dans un rayon de 5-6 milles. A l’arrivée de la Course 1, beaucoup ignoraient ainsi leur classement, y compris les vainqueurs, Maël Garnier et Pierre Leboucher (Ageas-Team Baie de Saint-Brieuc), qui se demandaient si d’autres avaient franchi la ligne avant eux.

« Comme les AIS en Figaro ne sont pas très performants, on peut assez vite perdre du monde, et comme on n’a pas de classements, ça complique le jeu, confirme Guillaume Pirouelle (Région Normandie). Par exemple sur la première étape, on s’est posé la question à un moment de savoir où étaient ceux qui étaient partis à la côte, on n’a jamais réussi à les retrouver aux jumelles, ce n’était pas évident à vivre, on se refaisait le match toute la journée. »

« C’est une super chose, apprécie de son côté Alan Roberts, co-skipper de Tom Dolan (Smurfit Kappa-Kingspan). Tu es obligé de penser avec ton propre cerveau, de comprendre la météo. » Yannig Livory (Interaction) ajoute : « Le fait de ne pas avoir d’infos du tout te force à t’adapter, il faut lever le nez pour regarder ce qui se passe dans le ciel et lire le plan d’eau. » Ce qui ne déplaît pas au doyen de La Sardinha Cup, Benoît Charon, co-skipper de Sophie Faguet (ADEPS-FFYB) – ils ont été contraints à l’abandon jeudi, grand-voile déchirée : « Je suis issu d’une génération où on naviguait avec peu d’électronique, donc c’est un peu un retour à une forme d’aventure, tu peux moins contrôler le reste de la flotte, tu es plus obligé de prendre tes propres décisions plutôt que de suivre les autres comme un mouton. »

Qu’en pense Elodie Bonafous (Quéguiner-La Vie en Rose), qui avait déjà expérimenté ce format l’an dernier sur La Sardinha Cup, dont elle avait pris la deuxième place ? « Avant le départ, j’avais dit à Alexis (Loison, son co-skipper) que j’avais vachement envie, pour une fois, de me lancer dans une option à fond et d’arrêter de passer mon temps à me comparer avec les autres à l’AIS. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé sur cette étape, où on a fait une option en baie de La Corogne, on ne captait que quatre bateaux. Et finalement, je n’ai pas trouvé ça très très drôle ! Je n’arrêtais pas de dire à Alexis : « Mais comment on fait pour savoir si les autres sont devant ou derrière nous ? » Au final, tu ne sais plus trop sur quel pied danser, mais ça a quand même mis un peu de piment et c’est assez marrant de regarder la carto après-coup. »

Le mot de la fin est pour Corentin Horeau (Mutuelle Bleue) : « Je trouve que l’absence d’infos permet d’apprendre d’autres choses. Avant, j’étais plus sur l’AIS à regarder les autres, je me rends compte qu’avec l’âge, j’aime bien faire des petits décalages, ça n’a pas payé sur la première étape (15e), mais je préfère faire ça que de rester avec le groupe à attendre que ça se passe. » Avec un an de plus entre les deux étapes – il a fêté ses 33 ans lundi – et l’apport de Julien Villion, réputé pour sa science de la météo, le skipper de Mutuelle Bleue est visiblement monté d’un cran dans son art du décalage, puisque depuis le départ de Figueira da Foz, il n’a cessé de tirer dans les coins…